Expérience sociologique : Drag queen, bar miteux, saoulons, la totale

Dans la merveilleuse ville de Val-d’Or, il y a un endroit où la majorité des gens n’ont jamais eu le courage d’y mettre les pieds. C’est au centre-ville, tout le monde connaît la place même si en fait, je n’ai jamais vu, le nom du dit endroit affiché sur l’édifice. Il est peut-être écrit, mais moi je ne l’ai jamais vu. Tout le monde appelle cette place le « Château Louis ». Il fait quoi le Château Louis dans la vie ? En bas il y a un bar, en haut il y a des chambres. Quel genre de personne habite dans ses chambres ? Aucune idée et je suis pas sûr que les valdoriens les savent. Jamais j’ai été en contact de près ou de loin avec quelqu’un qui a habité là. Jamais j’ai entendu quelque chose du genre « Ha oui le cousin de mon beau-frère Rodrigue habite au château Louis ». Est-ce des chambres d’hôtel ? Je ne sais pas.

Dans le sous-sol, il y a un bar qui selon mon chum s’appelait le Bar des Variétés. Clientèle à majorité amérindienne rare sont les blancs comme moi qui ont osé y aller. Enteka, personne ne le clame sur les toits. « J’ai viré une brosse au bar des variétés ! » Mais si tu veux entendre « Jump » de Van Halen, c’est la place où aller.

Pour ce qui est du rez-de-chaussée, c’est encore plus nébuleux. Malgré le fait que j’ai passé devant des milliers de fois, j’ai jamais porté attention sur ce qu’il y a au rez-de-chaussée. Ma mémoire me dit qu’il y a comme un genre de barbershop sur un bord et des tables de pool de l’autre. Pas sûr.

Cette semaine Sandra m’a transféré une nouvelle qui faisait état d’un feu qui a eu lieu à côté du Château Louis. Je me suis donc mis à lui raconter ce que représente le château Louis pour les valdoriens. Je lui expliquai également que j’aime aller dans ce genre de place que les gens appellent trou et que personne n’ose y mettre les pieds. Même que durant un certain voyage à Terre-neuve, je m’étais donné comme mission de trouvé la place la plus miteuse de St-Jean.Je lui raconta que ça fait quelques années que j’ai dans ma mire le bar qui donne sur la rue St-Dominique en plein cœur du Red Ligth. Sur l’affiche, c’est écrit…BAR…that’s it. Comme le red ligth risque d’être transformé en centre d’achat qui vend des gugusses équitables, un certain sentiment d’urgence m’envahissait. Je dois mettre les pieds a cet endroit avant qu’il soit rasé équitablement. Comme le coin fait l’actualité, les médias parlent beaucoup du Café Cléopâtre un des commerces du Red Ligth. Sur l’affiche du commerce on y lit, « Danse à gogo » mais je soupçonnais que ce n’était pas la seule chose qui se passait dans cet édifice à 2-3 étages.

À ma grande surprise, Sandra m’arrive et me dit « Tu veux aller au Café Cléopâtre et à ton bar ? Go ! ».

Café Cléopâtre

L’endroit avait attiré mon attention suite à une affiche….euh je veux dire une feuille de cartable collé sur un poteau en face de La presse. Le texte sur la feuille faisait part qu’il y avait une fille tenue prisonnière depuis des mois dans la cave du Café Cléopâtre par un motard, que les médias taisaient l’affaire et qu’il fallait absolument faire quelque chose pour la libérée. Du n’importe quoi ! Mais j’étais intrigué. Donc, une affiche qui dit « Danse à gogo », une fille prisonnière dans un cachot au sous-sol et un chum que je suspecte d’avoir visité la place par pur hasard il y a 15 ans pour se rendre compte qu’il y avait des travesties. C’est trop ! Fallait que j’y aille.

On se retrouve moi et Sandra en avant de la porte du Café Cléopâtre. On franchit le cadre de la porte. La danseuse plantée là nous dévisage. Moi aussi. Je veux savoir si c’est un gars ou une fille. 4 pieds et 2….Ça doit une fille et une employée du bar de danseuses du premier étage. Moi le premier étage ne m’intéresse pas. Ce n’est pas des femmes nues que je veux voir, c’est des hommes. En fait, je veux voir les gens que vont voir les hommes déguisés en femmes….et si je suis chanceux, la fille prisonnière dans le cachot du sous-sol.

Nous montons vers le 2e étage. Grosse déception. Ya personne ou presque. Il y a un gars isolé à l’ouest, un autre à l’est et un au sud. Il y a également un couple qui semble être comme nous…des curieux. Des curieux qui vont voir des bizarres. Je suis sur le point de dire à Sandra que nous allons quitter. Le doorman ou doorwomen nous aborde. Mon évaluation est que c’était une femme jusqu’à ce qu’elle ouvre la bouche. Sa voix grave a semé le doute. « Le show commence dans 10 minute ». Un show ? Un show de quoi…des tout-nus ? Pas sûr que je veux voir des hommes finalement. On paie le pseudo « cover charge » et choisissons une table.

Notre serveur travesti arrive. Il s’assoit à notre table et prend notre commande. Les filles font aussi cela au « Hooters ». Seule différence, elles ont plus de boules et je n’ai pas vraiment le goût de me faire prendre en photo avec.

Impatiemment, nous attendons le show. Je suis intrigué par le DJ. Le gars est DJ au café Cléopâtre. Café où un vendredi à 11h30 il y a 7 personnes. Sa carrière ne va pas bien ! L’animatrice arrive.
-Boujour tout le monde vous allez bien ?

Pas un chat ne répond. Elle répète.

-Boujour tout le monde vous allez bien ?

J’entends quelques oui ici et là. Insatisfaite, elle pointe l’autre couple et demande

-Boujour, vous allez bien ?

Tabarnac… notre tour va venir et va falloir crier « Oui on va bien ». Pas moyen d’être low profile ! Elle nous regarde

-Boujour, vous allez bien ?
-oooouuUUUUIII

J’étais intrigué par la motivation des 3 gars seuls installés aux quatre points cardinaux du bar. Est-ce qu’ils sont là pour voir des gars habillés en femme ou des femmes qui sont en fait des gars . Dans ma tête, ça fait une différence.

L’animatrice s’adresse aux 3 gars isolés. Bonjour Conrad, bonjour Albert. Bon ! Quand l’animateur connaît ton nom, c’est que tu es vraiment souvent présent aux shows. Ça doit être bon.

On nous annonce la présence sur scène de Miss Cléo 2008…moi qui a toujours rêvé de rencontré une miss quelque chose…je vais être servis. Miss Cléo arrive sur scène avec une autre fille. Leurs performances commencent. Du lypsync. Comme au superbowl. C’est ça leur show. Ils font du lypsync. J’essaie de comprendre la satisfaction que l’on peut avoir à faire du lypsync. Quand tu as 10 ans OK. C’est drôle….J’en ai déjà fait sur une chanson de Def leppard ,« Rock of age ». Mais quand tu es adulte ??? Enteka le Conrad en arrière de nous ne se pouvait plus. Le gars était tellement satisfait de la performance d’un des travesties qu’il taponnait une des filles. Elle était venue lui demander son feedback…elle l’a eu son feedback.

Il y avait plus de performer que de client. Nous avons vu 4-5 chansons. Après un lypsync de Miss Cléo qui essayait de ressembler à une nymphette, on a quitté l’endroit. Va pour le gars qui essaye d’avoir l’air d’une femme…mais passer pour une ado? Criss man tu mesures 6pied et 2 et t’as une face carrée c’est pas vraiment crédible. La jupette carreauté n’y change rien….Je te conseille d’oublier ce lypsync si tu te présentes à Miss Cléo 2009.

Le BAR

J’avais compris que le bar de la rue St-Dominique auquel je rêve de visiter depuis des années est en fait sur la rue St-Laurent en face du Café Cléopâtre. La fameuse affiche « BAR » sur la rue St-Dominique est en fait pour l’entrée arrière de l’établissement. Contrairement au Café Cléopâtre, mon cœur a été rempli de joie dès mon entrée. C’est vraiment un bar miteux comme je l’imaginais depuis toutes ses années. En plus, il y a plein de clients. J’ai en masse de chose à observer.

En entrant, je vois 2 personnes qui dorment sur leur table respective. Ça sent le saoulons. Nous essayons de trouver une place pas trop près des fucker et pas trop isolé non plus. Il y a un gars qui chante. Le genre de « performer » qui s’amène avec un Casio et un ordi. C’est à la limite du karaoké. Le gars chante une chanson de Pierre Lalonde et en plus il y a des gens qui dansent. Nous sommes sur une autre planète. Il y a un jukebox et ils vendent de la grosse bière…De la grosse bière ça c’est cool !

Il y a 2 couples littéralement mal matchés. Le premier couple est composé d’un gars pas trop grand, en forme, pas trop chaud et d’une femme tellement saoule qu’elle dort. Côté apparence physique, le mixte ne marche pas ! Le gars est debout à côté et la minouche. Il la minouche, mais elle n’est aucunement consciente de rien.

Le deuxième couple est encore plus mal matché. Le gars et la fille semblent moins paquetés, mais cibole. La femme ressemble au nain du groupe les Mimes électriques et le gars est un genre d’asiatique avec une couette dont l’apparence est plutôt conventionnelle.

Au cours des 45 minutes, nous avons assisté à un défilé incessant d’événement auquel nous ne sommes pas habitués de voir.

-Le gars du premier couple mal matche décide d’enlevé s’est bas pour aller dansé
-Une femme blonde habillée d’une robe digne de la mairesse boucher
-Une femme chien barbette qui se promène dans le bar. Elle a une coupe de cheveux comme la fille dans le film « The ring »
– Des prostitués
– Un groupe de 6-7 personnes qui semblent vraiment s’être retrouvées dans ce bar pour faire la fête. Me semble que sortir en gang c’est pas là que j’irais.
– Des pimps
– Des livreurs de drogue
– Le gars nu-pied qui vient me voir afin que nous surveillions sa bière. Je lui ai dit OK sauf que c’est sur que si quelqu’un avait décidé de partir avec sa bière je n’aurais rien fait. Je me voyais pas commencer a argumenté avec un je ne sais pas quoi sur le fait qu’il ne peut partir avec la bière de je ne sais pas qui. Le gars est jamais revenu… on suspecte qu’il est allé se faire piper dans la ruelle.

Et pour couronné le tout, une femme qui ce faire une clé de bras par le waiter et la met a la porte. Un waiter old school qui contrôle son bar avec une main de fer.

Après cet évènement nous avons mis fin à notre expérience sociologique. Parait que la grosse soirée au Café Cléopâtre c’est le samedi. Nous avons passé à ça d’y retourner. Surtout que l’histoire du cachot n’est pas élucidée.

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