Se parler à soi-même

Je commence mon voyage de retour. J’affronte la partie la plus longue pour ce qui est du millage. Je ne sais pas si mes cordes vocales fonctionnent plus de 3 phrases de suite. Je ne parle à personne ou presque depuis mon départ. Je chante un couplet une fois de temps en temps genre durant Nathalie de Jean Leloup. Théoriquement, j’ai un 6h30 de route à faire mais cela sera assurément plus long.

J’ai rencontré mon hôtel le plus miteux du trajet à Riverton. Personne au desk en arrivant. J’ai niaisé là 10 minutes. Une note disais de faire le 0 sur le téléphone s’il y avait personne. Ce que je fis. Rien. Le mec est apparue par hasard un moment donné. Il a réalisé qu’il avait mis la télécommande de la télé au lieu du combiné du téléphone. Duh!

Une boite de carton qui de key drop, possibilité de payer cash et indice suprême du ‘a la bonne franquette », le proposé est le même à 21h qu’a 9h. Tsé quand le routeur wifi est viser sur le mur du corridor dehors, que la poignée de la chaine de toilette est réparé avec du tape et que tu entends le voisin de chambre. On ajoute à cela un bizarre, camouflé dans la noirceur près d’une chambre, qui m’a interpellé pour ensuite se raviser quelques secondes après. Quoi j’ai l’air si asocial que ça? Même pour les bizarres. Va falloir que je commence à côtoyer autre chose que mes amis imaginaires. Je vais vraiment devoir parler à des gens.

Le motel était en « No vacancy ». Du pas cher c’est populaire. Anyway de quoi je me plains. La route pour me rendre là était incroyable.

J’appréhende la longueur de cette dernière portion du voyage. J’ai fais du lavage avant de partir et je suis aller au Wal-Mart pour me procuré des post-it. Le trajet emprunte plusieurs routes et j’ai concocté une méthode pour éviter les erreurs et limiter les arrêts de validation. J’ai un post-it de collé sur la radio et les autres sur le dash. Un changement de route de fait, je remplace le post-it de la radio par le suivant. Je suis un débrouillard 50.

WY continu à faire des siennes et m’oblige à m’arrêter pour le photographie.

– Hé WY
– Hey bro!
– Bro? Whatever. Je te quitte définitivement.
– Tu vas brailler encore?
– Ta gueule. Reste comme tu es man! Pis attention aux puits de pétrole. J’ai vu une usine avec des cheminées du style Rouyn-Noranda aussi. Ne les laissent pas te maganer.
– T’inquiète Bro
– Je t’aime Bro
Moumoune

J’entre dans le Colorado. Ma technique de navigation est impeccable. Habituellement les changements de routes sont assez évidents. Évident que ça change bientôt car il y a des indications JCT mais pas clair sur si c’est la route de l’est, ouest, nord ou sud. Il est bien cute WY mais il n’est pas parfait. On aime faire douter les touriste ou quoi?

Dans le Colorado ma technique de navigation est mise à dure épreuve. Je suis sur le point d’arriver au prochain tournant selon l’odomètre. Il n’y a pas d’affiche JCT. J’ai dépassé le nombre de mille prévus et je ne vois toujours pas la route où je dois tourner. Je commence à douter de mes notes. Ca sent le gars qui va devoir revenir sur ses pas une fois de plus.

Je vois la route que je dois emprunter soudainement. Je freine intensément. Route? On dirait une entrée de maison. Je tourne vers elle quand même. Je me retrouve sur un chemin sans pavé. Je me parle à moi même. « What the fuck. C’est quoi cette connerie là. Maudit google de merde. Maudit niaisage » Hey je viens de faire travailler mes cordes vocal 3 phrases en ligne.

En fait depuis la veille je me parle à haute voix. Particulièrement quand j’ai quelqu’un dans le derrière. « Allez dépasse moi. Je suis bien seul sur la route. » Si la personne tarde a me dépasser je ralenti pour l’incité. « Allez tete dure! La voie est libre » Certains sont plutôt lent à faire la manœuvre. « Laissez moi tranquille avec ma musique et mon impression d’être le seul humain ici »

Mon auto est figée à l’entrée de la route de terre. Je réfléchie. Dois-je suivre cette route aveuglément? Je regarde dans le rétroviseur. Une voiture est derrière moi et semble dire « Hey le cave avance ». Bon il y a des gens devant moi qui ont pris ce chemin et visiblement il y en a derrière qui veulent faire la même chose. Let’s go. On verra bien.

Nous sommes 4-5 voitures qui nous suivons. J’ai l’impression de me diriger vers un camping en montagne. Être le seul sur la route je serais revenu sur mes pas il y a longtemps. Je vois au loin que le chemin de terre semble un peu moins chemin de terre. En fait il semble chemin d’asphalte. En fait il semble rond point que….Ah ben crime. Je me retrouve sur la même route secondaire que j’avais emprunté par hasard à mon départ de Denver. C’est la route que j’avais prit pour m’approcher des montagnes rouges que j’avais observé en voyageant sur l’Interstate.

Me voilà sur du terrain connu. Ma boucle de 1700 milles commence à se rejoindre. Plus besoin de post-it, je peux naviguer les yeux fermer jusqu’à Denver et les rouvrir pour la courte portion Denver – Colorado Spring. J’évite le blanchissage sur mon affrontement avec le GPS vs Eltobito sans GPS. « In your face GPS! Eltobito: 1 – GPS: 21 »

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