Le pigeon, l’écureuil et le raton

Après quelques années de côtoiement c’est inévitable. Cela arrive aux Français, aux anglophones, aux Syriens et même aux Abitibiens qui s’expatrient de leur région. Ça s’entend. Certains résistent mais la résistance est futile. Un jour ou l’autre, l’anglophone va saupoudrer ses discussions de termes bien québécois francophones. « There’s a lot of bébitte in the park ». Le Français va enrichir ses jurons d’ « ostie » et de « calice » et va utiliser le mot « fucker ». L’abitibien va adoucir son parlé en délaissant les moé, toé et les mots en « oir » sonneront moins comme « wèèrr » et davantage comme « wouar ».

Parfois un moé refait surface et tu te fais la moue en t’entendant parce que tu as perdu l’habitude. Ma sœur s’est fait niaiser avec son accent quand elle a atterri dans son école d’Outremont. 3 mois plus tard l’Outremont se faisait entendre dans ses mots. Mon ancien collègue était capable de détecter si j’avais été en Abitibi durant la fin de semaine juste à ma façon de parler durant la journée suivant mon retour. Il y avait plus de «wèèrr» que d’habitude.

Par contre il y a des limites à adopter les spécificités de ton nouvel environnement. Je suis encore capable de différencier un sapin, d’un pin ou d’un épinette. Je sais que la Bud, la Bleue et la 50 est brassée par Labatt et que la Laurentide, la Black et la Coors est brassée par Molson. Évidemment je sais c’est quoi du vico et je pleure intérieurement de devoir dire « lait au chocolat » pour me faire comprendre. On ne sort pas tout du gars qui est sorti de son endroit d’origine.

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Par fierté, taquinerie, vengeance ou arrogance, l’expatrié va utiliser son savoir faire régionale pour démontré sa supériorité en attaquant son auditoire sur un aspect faible de sa communauté d’accueil. « Tu as fait du camping? Qui a parti ton feu! Tu as pris 3 ou 4 douches par jours!» Ce genre de vacherie démontre qu’il considère que certains aspects sont dans sont ADN et que jamais il se fera contaminer comme l’a été sa façon de parlé.

En ce qui me concerne, mon ADN qui ne peux être contaminé est la faune. Je l’ai côtoyé et j’avais un accès direct et régulier aux animaux présent dans le nord ouest. Tu me dis faune je te dit ours, orignal, lynx, renard, moufette, hibou, porc-épic, lièvre, hérons, aigle, huard. J’en ai vu souvent, j’en vois encore quand je rends visite à mes parents et je sais quoi faire quand j’en rencontre. Un porc-épic ne lance pas de pic, un huard ce n’est pas un canard et si tu vois beaucoup de lièvres durant l’année attends toi à voir beaucoup de renard l’année suivante.

Il y a quelques jours mon ADN en a prit un coup. Décidé à atteindre mon objectif de 10000 pas par jours, je décidé de marcher du centre ville de Montréal jusqu’à mon domicile au lieu de prendre le bus. Il est 22h et donc la noirceur est tombée. Mon trajet longe majoritairement le canal Lachine. À cette heure, les humains se font plutôt rare et tu as une vue magnifique sur le panoramique urbain de la ville. La première partie du trajet se passe assez calmement. Je croise quelque cyclistes, un gars pas trop clean et un groupe qui semble regarder un couple qui french. Je compris plus tard qu’ils regardaient plutôt les feux d’artifice et que le dit couple était dans leur champ de vision. Fausse alerte à la bizarrerie.

Je traverse le canal pour la suite de mon parcours. Je longe maintenant le coté sud du cours d’eau. C’est a ce moment que je commence à entendre plein de bruits bizarres. Chaque bruit me fait tournée la tête d’un coup sec. Je réalise qu’en étant près du canal cet endroit calme de la nuit était propice à croiser des animaux. La faune reprend ses droits. Chaque son me provoque une pensé dans ma tête. Est-ce un raton-laveurs, un ouaouaron? C’est quoi que je vois là sur l’eau? Une roche, un cadavre? Ça bouge là ? C’est blanc et cela a un grand coup. Une oie? un cygne? Je ne comprends plus rien et soudainement cela me frappe en plein coeur. Mes interrogations fauniques sont aussi farfelues que celles d’un montréalais. Et le pire dans tous cela c’est que mon premier réflexe en réalisant que la faune avait repris ses droits n’est pas de penser à des lièvres, des porc-épic ou des renards. Non! J’ai trahi mon AND. J’ai été contaminé par mon environnement. Maintenant quand je pense à la faune je pense à Raton-laveur obese, écureuil plein de poux et pigeon qui te chie dessus. Tu ne penses pas aux rats Eltobito? Eille pars moi pas là-dessus.

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