À la recherche de l’extraordinaire

Dans une journée je crois que l’on recherche de la variété, du nouveau et de l’imprévisible le fun. Plus jeune, peut-être par naïveté, tu t’attends à ce que ta journée soit toujours extraordinaire, tu as l’impression que tout est possible tout le temps et que les limites sont inexistantes. Et ce l’est.

Jeune, le show que tu vas voir est facilement le meilleur que tu as vu. La bière que tu vas prendre avec ton chum se transforme en bière avec 3, 5, 6 chums et la soirée devient facilement mémorable. Ton premier Val-d’Or-Montréal sans parents est un accomplissement. Tu arrives sur Ste-Catherine et tu es impressionné. Tu entre au stade et tu te trouves aussi big que lui. Tu croises des amis de ta ville d’origine par hasard et tu trouves le monde petit. C’est quoi les chances que nous nous rencontrions dans une ville aussi immense?

Avec le temps tes attentes faces aux journées qui s’empilent sont plus réalistes. Des soirées à 6 chums se font rare, les shows des dernières années peuvent difficilement accoté celui de U2 vu en 1997. Tu as perdu le sens du flirt et croiser un Valdorien sur la rue est d’une banalité déconcertante. Heureusement le voyage et les vacances sont là.

L’extraordinaire, la nouveauté, le flirt, la brosse en gang, sont des choses qui soudainement deviennent plus accessible. Un voyage à Disney sera mémorable pour tes enfants et par extension pour toi. Une escapade à Vegas entre chum à un grand potentiel de dérapage contrôlé et c’est exactement ce que tu cherches…sinon ne va pas à Vegas

Malheureusement, avec le temps le taux de jours « immémorables » augmente. Il y a de ces journées où bien que tu te lèves vers les 10h am, tu mets la machine en marche que vers 16h. Si tu as des enfants, ils restent en bobettes toute la journée. Toi tu te convaincs pendant 6h que tu devrais aller prendre ta douche. Tu ne manges rien parce que tu as rien à manger. Le pain n’est pas trop « safe », la cruche d’eau est vide d’eau froide et le garde-manger est plein de trucs qui nécessitent d’autres trucs qui habituellement vont dans le frigo mais le frigo est vide. Du Kraft Dinner pas de lait, ça ne marche pas. Des céréales pas lait ça marche juste pour le neveu. Avoir tout les ingrédients de sauce à spaghetti sans les légumes qui l’agrémente ça ne marche pas plus. Sans compter que ça prends 3h à faire. Voilà l’introduction de mon avant-dernier samedi avant Hawaï.

Pendant ce 6h avant de me mettre en marche j’ai analysé quelques options pour avoir de l’extraordinaire dans ma journée mais les options sont soient sold out, soient trop loin et trop dépendantes de la voiture. Disons que le fait que tu ne puisses pas boire et conduire met un frein à ta motivation. Il y a les autres options à l’affiche mais ce sont des choses que tu fais régulièrement. Cela manque de variété pour cette journée. En plus de tout cela, tu n’as pas personne pour te pousser dans le derrière et faire un choix.

C’est l’estomac qui finalement te force à te mettre en marche. « Fuck la variété et l’extraordinaire, j’ai faim merde ». Je vais donc « casse-crouté » au resto du coin. Enfin la machine est en marche. Repus, je retourne chez moi. Ce que je n’avais pas prévu c’est que ce passage par chez-moi allait s’avérer être une autre session de procrastination de 4h. En arrivant à la maison, mon chat m’accueille en sautant sur la table. Comme si cela faisait 8h que j’étais parti. Étrange! Il a de la bouffe et de l’eau. Il devrait être plutôt en mode : je suis affalé sur le lit, je me sacre de toi mais par politesse je vais feindre de me levé en m’étirant les pattes…et me recoucher 3 secondes après.

Dès mon arrivé, je réalise que j’ai oublié d’arrêter à l’épicerie pour me procurer minimalement des lames de rasoir et du papier de toilette. Commissions que j’oublis de faire depuis 2 semaines et qui commence à devenir critique. La lame de rasoir restante arrache plus qu’elle ne coupe et le papier a été remplacé par des kleenex. Pendant quatre heures je vais essayer de me convaincre (encore) de quitter mon divan. Un rien retarde mon départ. Futurama, internet, film à la télé, lit. Heureusement ma lâcheté est limitée par les heures d’ouverture et par mon estomac encore une fois. Je pars finalement de chez-moi à 21h45 dans le but principal de manger.

J’ai en tête d’essayer ce nouveau resto de tacos situé au coin de Charlevoix et Notre-Dame. Ensuite, si je ne m’accroche pas les pieds quelque part, je vais aller acheter mes 2 trucs. Évidemment l’accrochage de pied est souhaité pour stimuler l’extraordinaire.

J’arrive à la place de taco. Le coin est animé car cette partie de Notre-Dame est devenu très tendance. Théâtre Corona, Joe Beef, Burgundy Lion, quelques terrasses. Tous des endroits qui doivent se retrouver dans le Lonely Planet. Je m’installe sur la terrasse à une table mal foutue et pas très confortable. J’attends quelques minutes et comme personne ne vient me voir et que le menu ne me parle pas trop, je décide de quitter et de marcher vers l’est de Notre-Dame. Je n’ai jamais vraiment marché de ce coté à part une fois avec mon amie Dominique. Ingrédient nouveauté pour la journée: accomplis. Je me dis que je vais me trouver un resto. Pour ce qui est de mes commissions on verra mais il y a une épicerie en chemin.

Je croise plein de restos. Plusieurs sont sur le bord de fermer. Évidemment à l’heure qu’il est à quoi je m’attendais. Je consulte les menus affichés à l’extérieur car c’est un bon indicateur pour savoir si je m’intègrerez bien à la place. Je regarde aussi comment les gens sont habillés. Je ne cherche pas un endroit où les coupes de vins en différents formats sont déjà sur les tables prêtes à être remplis de vin. Disons qu’il y a pas mal de ces endroits. Je cherche un endroit où mes shorts, mon t-shirt et ma casquette ne détonneront pas trop. Ça ne regarde pas bien. Cette partie de Notre-Dame ces « rue st-laurentisé ». Des services de valets, des menus trop cher pour une bouffe vite faite, des soupers de filles, des soupers de couples et des vestons m’indiquent que ce n’est pas ma place pour ce soir. Dans les endroits fraîchement fermés je vois du staff qui « close » et leurs amis qui squattent la place en les attendant. Il sont prêt à conquérir la Cressent et à trouver l’extraordinaire. Il n’y a aucune terrasse où je pourrais m’intégré anonymement.

J’ai semé de la nouveauté dans ma journée mais cette nouveauté viens de me lancer un uppercut bien senti. J’ai saboté sans m’en apercevoir le peu de chances d’avoir de l’extraordinaire. Je regarde et je vois de jeunes gens qui sortent les samedis prêt à épater la galerie, à trouver la personne de leur vie, à espérer que cette soirée sera la plus mémorable de leur vie ou qu’elle soit un épisode de plus dans une relation où les 2 ont une connexion parfaite. Moi Eltobito, avec une ou deux décennie d’expérience en arrière de la cravate, mon samedi est celui du gars qui se promène avec un t-shirt au logo fluo représentant le port USB, qui se magasine à 23h du papier cul et qui sue à marcher 5km sous cette chaleur pour se retrouver au McDo seul resto vraiment ouvert. Mes samedi sont passés de « On danse sur le speaker ou sur le plancher » à « Cottonelle ou Charmin ». Je ne l’ai plus man!

Hawaï tu es mieux de me fournir de l’extraordinaire. WY l’a fait en 2015.

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