Le fan de Led Zepplin en Cesna

Il arrive que j’accepte de faire volontairement des choses que je trouve conne. Une des choses que je trouve conne c’est les tours de touristes. Tu arrives en troupeau, tu as l’air nono sur les bords ou conquérant si tu es dans un pays en développement. Comme si tu allais dans un zoo humain pour regarder comment certains vivent dans la misère. Je me souviens de cette scène au Chili où notre bus était arrivé en même temps qu’un camion citerne qui distribuait de l’eau à la population. Le groupe c’était mis à photographier les gens. J’ai eu le même réflexe pour réaliser quelques secondes plus tard l’absurdité de la situation. J’avais effacé la photo sur le champ.

Bien sûr, dans un pays du G7 cet aspect n’existe pas vraiment. On est plus en mode observation de la nature. Le risque d’être déçu est élevé, le risque de te faire fourré l’est encore plus.

Quand tu voyages seul je trouve les tours pratique. Comme tu ne peux pas partager les frais de location, louer une voiture est un investissement onéreux. Pour le prix de concéder une certaine liberté, le tour te permet de visiter sans stresse. Ils te ramasse et dépose à ton hôtel et tu as l’occasion d’avoir certaines infos que tu n’aurais pas su en te promenant seul en voiture. Dans mon plan de voyage il était établi que je passerais cinq jours par ile et que je ferais un tour par ile si je ne loue pas de voiture.

Ce que j’observe c’est que les iles sont dominée par 2 compagnies. ABC Store pour les dépanneurs et Robert Hawaii pour le transport. Tu croises leurs autobus verts partout. C’est l’hégémonie Robert Hawaii. Il est là pour les tours, pour les shuttles à partir des aéroports et même pour le transport scolaire d’après un hawaïen à qui j’ai dit « coudonc ils sont partout eux autres ».

Je me retrouve donc à faire le tour de Maui mais j’ai réussis à éviter un Robert Hawaii. Tout un exploit. Étant seul, je suis assis devant avec le chauffeur ce qui m’isole de la gang. Je suis en compagnie d’une famille de 8-9 personnes. Un mixte de caucasiennes et asiatiques. Trois générations éparpillées en Californie et au Massachusetts. En apprenant que j’étais de Montréal, la fille de la Californie m’a expliqué comment elle raffolait des Smarties disponibles seulement au Canada et son frère de Boston m’a demandé si j’avais déjà été au grand-prix du Canada. Trouver un américain fan de F1 et de Jean Alesie est un exploit. Je lui ai exposé mes « contacts » coté sport automobile et fait la promotion du GP3R.

Autre exploit, trouvé un débat sur l’indépendance. Le guide nous à exposer ce mouvement qui désire que Hawaï retrouve sa souveraineté. Que les iles ne soient plus sous le gouvernement Américain. On a compris facilement que le chauffeur était fédéraliste et c’est drôle, ses arguments ressemblaient beaucoup à ceux du sénateur Pratt.

Ce tour signifiait ma dernière journée à Maui. Le moment était venu que j’affronte Mokulele et ses Cesna de brousse. Je me rends en Uber à l’aéroport. Je ne les supporte pas à Montréal mais à Hawaï je ne connais pas leur statut. Mon chauffeur m’a confirmé que le même débat concernant leur statut fait rage sur les iles. Voilà, le fameux ya-juste-au-quebec-que connaît une autre défaite. J’ai fais la promotion de TEO Taxi. Le concept de salaire fixe et de voiture électrique a séduit mon chauffeur Uber. Re-voilà, le fameux ya-juste-au-quebec-que connaît encore une défaite.

J’arrive au comptoir de Mokulele. Je donne mon nom à la préposée. Je suis pas mal d’avance mais j’ai rien d’autre à faire. Je devais quitter ma chambre. La fille m’offre de prendre le vol précédent celui qui était prévu. Cela me sauvera 1h d’attente. Je saute sur l’occasion.

Je suis prêt à passer la sécurité, présenter mon passeport 12 fois, faire scanner ma carte d’embarquement 22 fois.
– ok parfait. C’est fait
– C’est tout?
– Oui pas besoin de passer la sécurité. Tu attends où tu veux

La seule validation à été « Comment tu pèses? ». Super rassurant. On est à la limite tant que cela? Ok c’est beau on est a 2999 livres l’avions supporte 3000. Non!

Je suis assis sur cette chaise d’aéroport et j’essaie d’effacer mes pensées d’écrasement. Je sens la nervosité. Je me bats avec moi-même. J’essais de me convaincre mais d’une façon qui m’arrive rarement. Je n’y vais pas de façon rationnelle en réfléchissant aux statistiques ou en me disant que les agents de bord vont rentrer à la maison ce soir. Il n’y aura pas d’agent de bord de toute façon. Je me parle donc à moi même

– Come on Eltobito, ya rien la
– Ce ne sera pas long
– Calme toi
– Bah oui t’es capable

Mon speech de motivation intérieur marche pour combler le temps d’attente. Une fille arrive dans l’espace d’attente. « OK les gens sur le vol 85 dirigez-vous vers la droite ici ». Un petit troupeau se dirige vers l’endroit. Comme au secondaire elle prend les présences.

– Tobie?
– Présent!
– Vous êtes dans la rangé 1
– Laurie? Laurie? Laurie?

Pas de Laurie. Tout le monde est là sauf Laurie. Allez Laurie qu’on décalisse. Mon discours de motivation est loin. Dans le groupe il y a le pilote. J’entends soudainement et brièvement de la musique qui sort d’un hautparleur. Du Led Zeppelin. Ça semble venir du cellulaire du pilote. Le pilote dit : « OK guys. Let’s do it » . Je suis en face d’un pilote qui semble partir pour faire une performance. Un pilote qui comme moi, s’auto-motive. Je ne veux pas d’un pilote qui s’auto-motive. Je ne veux pas d’un pilote qui semble sur les speed. J’en veux un avec l’attitude a « walk in the park ». Je le veux calme comme Carey Price.

La maudite Laurie ne veut rien savoir. On ne peux pas « Let’s do it » comme le veux le pilote. Elle n’arrive pas mais elle est dans son droit car l’heure officielle de départ n’est pas encore passée. La compagnie l’appelle dans l’intercom. Enfin un peu de technologie. Tabarnac Laurie! Calissons nous de Laurie et on s’en va. Finalement à la dernière minute Laurie arrive. L’effet de mon discours de motivation est complètement scrap.

Le groupe de passagers est rassemblé. Le pilote qui fumait une cigarette en attendant est là. Il est supposé avoir deux pilotes mais l’autre est invisible. Pour une deuxième fois le pilote refait jouer brièvement son Led Zepelin. Si au moins il le laissait jouer tout le long cela me changerais les idées noires mais juste faire jouer aléatoirement des bouts à l’effet de me poser des questions sur son état mental.

Je monte dans l’appareil. C’est tout juste si je ne dois pas marcher à genou pour me rendre à mon siège. Le deuxième pilote est présent. Jeune, basané, beau, il rayonne. Il prend la parole, petite blague, il est super calme. Voilà! J’ai mon Carey Price et PK Subban fan de Led Zeppelin à coté de lui.

Il était clair dans ma tête que j’allais fermer les yeux durant le vol. Je ne veux pas trop voir dehors. Le décollage se fait doucement. Moins violent que ce que je ressens à bord d’un Dash-8. Nous sommes dans les airs. Il y a un couple derrière moi. Les yeux bien fermé, à chaque fois que la fille derrière moi prend la parole je sursaute.

Un des aspects qui me fatigue le plus c’est d’être au dessus de l’eau sans possibilité de trouver un endroit pour atterrir en cas de problème. Je me risque à ouvrir les yeux. Je vois de la verdure. Nous sommes encore au-dessus de Maui. Je répète le geste à intervalle régulier. Vert, vert, vert, vert, vert-bleu, bleu. Ça y ait nous sommes au dessus de l’eau. Bleu, bleu, bleu, bleu-brun. On approche de Big Island. Brun, noir, atterris. Cibole! La descente a tellement été rapide que j’ai été surpris de voir l’asphalte. J’ai skippé l’angoisse de l’atterrissage.

Yes la terre ferme….Envoye PK part le ton Led Zeppelin! Que dis tu de la chanson Tank You.

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