Éloge de la lenteur

Lent. Je me suis fait reprocher cela par un collègue une fois. Je me dirigeais vers le bureau d’un autre collègue et l’autre clown à surgit derrière moi en se plaignant que je marchais lentement. Une longue diatribe impertinente et insolente. Le corridor est large, il y a de la place en masse et lui le stressé se plaint que je suis lent. Tu ne m’as pas vu courir toi. Là je suis lent.

Premièrement, ferme ta gueule. J’ai travaillé dans les médias toutes ma carrière ou presque et souvent sens filet. Un site web de nouvelle qui ne se met pas à jour pendant 10 minutes, une pause publicitaire qui affiche du noir pendant 2 secondes, corriger des bogues live pendant des lancements, faire des déploiements où le retour en arrière est impensable ou une notification qui s’affiche 10 secondes en retard sont de situations où toutes la chaine de commande derrière toi est en panique et que tu dois rester calme pour corriger le problème le plus efficacement possible. Je n’ai pas des leçons de vitesse et de gestion de stress à recevoir de quelqu’un qui va poser une question à quelqu’un assis à 20 mètres de lui sur l’heure du diner.

Lors de mon arrivée au resort je venais de gérer un 50 minutes de vol au-dessus de la mer. Mon neuvième et dixième décollage/ atterrissage. Je me sentais libéré d’un stress. Les six restant étant du déjà vue et le pire venait de se terminer. En fait j’avais l’âme victorieuse.
Je pouvais vraiment me la couler douce.

Quand je pars en voyage tout ce que je contrôle est lent. Mon horaire est lent, mon levée est lent, mon couché est lent. A Maui j’ai raté 3 fois le bus dans la même journée par ce que je n’étais pas prêt. Le bus passait aux heures. Que voulez-vous ? Je ne pouvais pas décroché du film Sharknado qui passait à la télé. Oui Shaknado car mon cerveau aussi est lent. Tout est tellement lent que parfois je rate des choses…pas grave. Pas de stresse.

Je décide de sortir du resort et d’explorer le voisinage. Question de voir si je peux faire quelque chose avec mon environnement immédiat. Je descends la pente qui mène au resort. À première vue il n’y a pas grand chose à faire avec ce quartier. La vue de l’océan est cachée par de grandes haies le long de la rue. J’arrive à une intersection. À gauche il y a une pente. Je suis arrivé de là en taxi. Je ne me taperais pas la pente pour rien. De toute façon à droite c’est bien plus intéressant. Il y a comme une baie. Je vois une descente de bateau et des êtres vivants. Je me dirige vers l’endroit. Il y a deux bâtiments. Un s’avère être un resto-bar avec terrasse et l’autre un compagnie qui offre des activités nautiques aux touristes.

Le resto-bar attendra. Je me dirige vers l’autre bâtiment. Un long quai se dévoile ainsi qu’une mini plage. Je m’approche du quai et regarde dans l’eau. De jolis poissons bleus s’amusent. Je n’ose pas m’engager sur le quai ne connaissant pas l’aspect privé ou public de la chose. Je me dirige plutôt vers le muret du stationnement pour m’accoter et regarder la baie. C’est le chaos à la piscine de l’hôtel et là je me trouve à cet endroit calme où il semble que je suis le seul client à avoir découvert cette baie à 5 minutes de marche. Il y a 5-6 personnes qui se baignent. Elles créent une ambiance sonore bien différente de celle du resort. Plus paisible. Il y a deux personnes qui pêchent devant moi.

Je suis devant un film lent. Un genre de Tree of life. La bande sonore est produite par le rire des enfants, la direction photo par mère nature et l’action par les pêcheurs. Quoi de plus lent que la pêche. S’ajoute à l’ambiance sonore les déclics de mon Canon.

Un bus entre dans le stationnement. Mon film est interrompu. Une horde de touristes serviette à la main se dirige vers le bâtiment. Un party privé se prépare pour eux. Je quitte ma position et je me dirige vers le resto-bar. Je viens de trouver mon refuge pour mon séjour à Bis Island. Encore là, je suis presque seul sur la terrasse. Il y a un groupe de quatre qui semblent être des employés dont le shift a pris fin.

Je commande un cocktail dont j’oublis le nom. J’entends toujours les baigneurs. Le bateau des touristes tarde à partir et un des quatre employés assis aux tables voisines tombe en bas de sa chaise tellement il est saoul. Dans toute cette lenteur il y a le couché de soleil qui lui paradoxalement est vraiment rapide. Quand tu as accès à l’horizon tu comprends que la terre tourne vite. Elle tourne vite pour nous mais à l’échelle de l’univers c’est vraiment lent.

Je réclame la facture d’avance afin de laisser du temps à la serveuse pour me l’amener. Elle revient. Je mets de l’argent comptant dans le pad noir. Elle vient le chercher. Pas de stresse. Mon verre n’est pas terminé. Elle me ramène le change

– Tenez.
– Merci.
– Merci vous aussi et désolé pour l’escargot
– De quessé?

Soudainement je vois devant moi sur ma table juste sur le rebord, là où j’étais accoté depuis plusieurs minutes, un escargot! Je lâche un « OH! » tout en reculant rapidement. Un peu surprise par ma réaction soudaine la fille s’excuse encore. « Non ça va. Je ne l’ai pas vu venir ». Exact! Je suis là depuis presque une heure, assis à la même place et je n’ai jamais vu arrivé l’escargot. Ce faire surprendre par un escargot….mon collègue avait peut-être raison finalement.

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L’escargot qui m’a attaqué
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