Le seul Tobie Charette au monde

Dans les années 70-80, il y avait un autobus rouge à Val-d’Or qui parcourait la ville. L’autobus était du style bus scolaire mais c’était le réseau de transport en commun de la ville. Une ligne, un bus, moins de 1$ le passage. On appelait cela le « local ».

Pourquoi on l’appelait le local? Par ce que c’était écrit à l’avant du bus en haut du pare-brise. Je suis pas mal sûr que c’est seulement les locaux qui prenaient le local. Je ne crois pas qu’il allait à Jacola la banlieue de Sullivan qui est la banlieue de Val-d’Or.

Tout bons touristes est à la recherche de local. Pas le bus les gens. J’ai dis pas le bus mais en fait le local est un bon moyen de voir des locaux. Mes amis Frenette-Lemay l’ont constaté à Panama cet été. Comme je suis un power user du transport en commun, mes déplacements sont principalement en bus même si à Big Island le bus est quasi inexistant.

Je suis en mode exploration de Big Island. Il y a une navette bus qui passe au compte goutte. Je dois donc bien organiser mes affaires si je veux éviter une onéreuse course de taxi. Parmi les nombreuses options d’arrêt qui s’offraient à moi j’ai opté pour celle qui impliquait de la bière. C’est à dire me rendre chez le brasseur « Kona Brewery ». Il est possible de visiter la brasserie mais comme j’en ai visité plein à Denver l’an passé j’ai décidé de seulement boire. Tout d’un coup que je me saoulerais.

Depuis mon arrivé dans l’archipel presque tous les employés portent des chemises Hawaïenne. Je m’interroge si ce n’est pas une gimmick de touristes. Est-ce que les locaux ont dans leur rotation vestimentaire une chemise hawaïenne qu’ils mettent régulièrement ou c’est comme nous pour la ceinture fléchée. Personne porte cela. La façon de le savoir est de demander à un local ou observer, analyser et prendre position.

J’arrive à la brasserie et demande une pinte de Long Board. J’écoute et j’observe. Le bar de la Brasserie Kona est bourré de locaux. Pourquoi je dis cela? Bah quand tes voisins de bar discutent de leur anecdotes d’attaque de requin, il y a de bonnes chances que ces derniers n’habitent pas le Colorado. J’ai écouté, observé, analysé et j’ai pris position. Chemise hawaienne = Gimmick à touristes.

Le lendemain, j’y suis allé facile en me réservant un tour de presque 10h. Tout cela pour voir des volcans. J’ai déjà vu des volcans et bien que le potentiel d’émerveillement soit grand, tu te retrouves souvent juste devant un trou qui boucane ou un nuage de brume aussi épais que dans Astérix chez les Bretons. Comme les volcans « It’s a Big thing » sur l’ile, je me retrouve devant un dilemme. Visiter un volcan qui sera du déjà vu car il s’avèrera mon 4eme de ma carrière de voyageur ou le skipper au risque de rater LA chose à visité. Le questionnement a été de courte durée. GO! Je vais voir du pays en même temps. Les tours compensent pour la non location de voitures.

C’est le deuxième tour que je prends et ils ont le don de te partir cela de bonne heure. Suis tout fucker dans mon sommeil moi. Ce qui devait arriver arriva. Après une demi-heure de bus je te dors cela comme un bébé. L’expérience de voir du pays n’est pas trop au top durant les premières heures. Je combats le sommeil comme jamais. Ma tête rebondi de tous les cotés. Je rêve à moitié, me réveille aux 10 minutes et repars en sommeil pour un 15 minutes. « Wake up Eltobito! »

Durant ce tour entrecoupé de sommeil, de repas, de cavernes, de volcan et de vue panoramique, le chauffeur-guide a donné toute une performance. C’est un local à la chemise hawaïenne surement imposé par son employeur Robert Hawaii. Durant 10h il a parlé sans arrêt. Même pas un deux minutes de silence. Il te « dropait » des infos sans arrêt. Une machine. Il a parlé des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, des tsunamis, de la flore, de la faune, de son village natal, de son père, de sa sœur et de Cow-boy. Il n’y a pas que des surfers ici. Il y a aussi des cow-boys. Évidemment le volcan s’est avéré comme je l’avais anticipé. Un trou avec de la fumée.

Une constante que j’ai remarquée du haut de mes 40 quelques années. Chaque agglomération aussi petites qu’elle soit à une caractéristique qui la positionne au sommet d’un palmarès quelconque. Une caractéristique que les habitants évoquent avec fierté. Souvent ça va comme suit « Tu sais, dans mon village c’est là où il y a le plus […] au pays ». Par exemple à Val-d’Or c’était la piste d’atterrissage. « La deuxième plus longue au Canada ». À Embrun c’est l’encan de voitures usagé. Au Canada c’est la grandeur du pays et sa 2eme position mondiale. À Toronto c’est la tour du CN, à QC c’est les murs ou l’âge de la ville, à Mascouche c’est la superficie qui est supposément plus grande que Mtl.

Vers la fin du tour, le chauffeur était toujours en voix. Nous passons dans un village qui a décidé d’exploiter ce qui le place en haut d’un palmarès. Le palmarès des villes les plus au sud des USA. Ce village s’appelle Naalehu et par conséquent il y a le bar le plus au sud des États-Unis. Désavantage d’être dans un tour, je ne peux pas arrêter pour y trinquer quelques petites frettes.

Ma boucle de 10 heures tire à sa fin. Le seul Tobie Charette au monde rentre a l’hôtel…seul. Ça rime!

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