La danse du zombie

Toronto, Québec, Montréal, New Orleans, Memphis. Voilà les gares de train que je emprunté au cours des années avant de partir pour Prague. Certaines étaient quasi désertes lors de ma visite. Celle de Montréal est la plus imposante mais les indications sont claires. Évidemment avec une dizaine de destinations c’est simple de garder cela simple. Ajoute à cela qu’ils te contrôlent avant d’entrer dans le train. Donc si tu es dans les patates tu vas le savoir assez vite. Je me demande bien tu fais quoi quand tu es dans le mauvais train et qu’il s’en aperçoivent après 100km. Où quand ton billet n’est pas trop conforme…

Mon arrivé à la gare de Prague fut un choc. Il y a des gens partout, ils sont debout, les deux pieds dans le béton et fixe les écrans. Il y a peu de mouvement. Je suis dans The Walking Dead et comme Glen je marche parmi une horde de zombies, hypnotisés par les écrans. Personne ne bouge ou presque. J’essaie de comprendre où se trouve l’accès aux trains. Plus près de mon train je vais être, plus zen je serais. Déjà que j’ai des doutes sur mon billet, la destination, la journée et l’heure. Je me conforme à la convention en cours. J’arrête et fixe un écran. Je cherche ma destination. Rien.

Bon du calme Tobie. Vérifie sur les 300 autres minis écrans. Rien. Mon numéro de trajet est le EC178. Les trajets qui commencent par EC sont plutôt rare, voir inexistant. Je décide de descendre un niveau. Il y a un paquet de zombies hypnotisés par l’écran là aussi. Tel une course à obstacle je zigzag parmi les zombies. Ils ont tous les pieds dans le ciment, personne ne fait le moindre pas de coté pour donner de l’espace aux gens qui circulent. Les zombies semblent dire « Contourne moi et je si tu me touches je te fais l’œil du tigre et mange ton cerveau ».

Ça ne vous ne tente pas d’être juste un petit peu mobile? Mon pilotage de valise laisse à désirer. J’accroche les gens. Je reçois quelques « oeil du tigre » comme récriminations. Pour ce qui est du cerveau, ils ont surement compris qu’il n’est pas là en voyant dans mes mains le papier que je croyais être mon billet de train. Les zombies n’ont rien pour se nourrir de ce coté.

Je me retrouve près de la porte d’entrée principale. À cet endroit il y a un mélange de zombies assis et de zombies debout. L’écran est beaucoup plus imposant. Je scan la liste des départs. Le dernier de la liste est le EC178. Bon enfin. Je viens de confirmer que je suis à la bonne gare, à la bonne heure et à la bonne journée. Seul affaire, on n’indique pas le numéro de la plateforme de départ.

Justement comment je vais aux plateformes? Quand j’étais au niveau supérieur une fois de temps en temps, des gens emprunte le large corridor central. Il faut emprunter ce corridor pour se rendre aux plateformes. Tous les zombies respectent le corridor. Le chaos n’y pénètre pas. Je ne sais pas mon numéro de plateforme mais je décide de me rendre aux plateforme quand même. Je ne le respecte pas moi le corridor. Je veux être le plus près de mon train le plus tôt possible.

Je traverse la section la plus dense de zombies. Je deviens agent de chaos dans le chaos. Je dis « Excusez, excusez, excusez » et je reçois des « oeil du titre », « oeil du titre », « oeil du titre ». Je vise le chemin la plus droit possible. Comme les zombies ne font même pas un mini, très minime, déplacement comme dans une société normal où il y a de la circulation humaine, la ligne droite est impossible. Je zigzag comme jamais. Le corridor approche. La voie large est à l’horizon et le calme est à ma porté. Je contourne le dernier zombie….me voilà libéré!

J’avance. Tout au long du corridor il y a des entrées numérotées. C’est les numéros de plateformes. Tu trouves ton numéro, empruntes les marches et te voilà dehors près des rails. Voilà j’ai tout compris. J’ai compris aussi qu’il n’y pas d’écran et que c’est pour cela que les zombies restent dans l’autre section. Ils attendent leur numéro de plateforme. Je n’ai pas le mien. Je dois retourner dans le chaos, me planter devant un écran et attendre mon numéro de plateforme.

Je recommence ma chorégraphie de zigzag. La danse du zombie. Déhanchement à gauche, déhanchement à droite, valise qui passe sur les pieds d’un zombie, coup dans les jarets, etc. Je livre des « oeil du piteux lapin » en réponse aux « oeil du tigre » que je reçois. J’arrive face au grand écran. Mon numéro de plateforme est affiché. Mon impatience m’a fait faire un trajet de trop. Let’s go! Le spectacle recommence.

Déhanchements, pas chassé, valise sur les pieds,  « œil du tigre ». Tous cela sur un rythme de huit temps. Un zombie semble tanné de me voir danser. Je change mon regard de piteux lapin pour un regard de d’ours polaire. Tu veux faire une dance fight?

Dernière pirouette et j’arrive au corridor des plateformes. Je salut la foule et je laisse faire le rappel. Vous viendrez me voir danser à Berlin.

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